L'imagination citoyenne

L'imagination citoyenne

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  • Auteur : Fitte-Duval Elise
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Autour d’un verre avec ses amis, le chorégraphe musicien Seydou Boro, 

évoque spontanément ses souvenirs d’enfance marqués par son voisin 

d’alors Thomas Sankara. C’était un ministre qu’il voyait se rendre à son travail 

tous les jours à bicyclette. Un homme charismatique qui par sa seule 

poignée de mains l’a marqué au plus profond de son être. Pour nombre

 d’artistes de sa génération et celles d’après, le président révolutionnaire

 reste un modèle d’intégrité et de volonté, dans cette période préélectorale

 qui donnera une suite à l’insurrection de 2014. En cette époque charnière 

où le pays doit élire un nouveau président, le désir d’émancipation allie la

 tradition sankariste à l’expression d’une citoyenneté agissante.


Seydou Boro répète pour son prochain album







Samsk Lejah pose avec ses amis sur la borne marquant le site de l'assassinat du journaliste Norbert Zongo


Les jeunes artistes, qui ont fait leurs armes lors de la mobilisation autour du cas de Norbert Zongo, sont les relais de la contestation dans ce pays qui a une tradition de résistance démocratique. 

Smokey, co-initiateur du mouvement Balai Citoyen dans son studio d'enregistrement Abazon






Ils sont une autre expression d’un désir d’émancipation d’une société sous le joug d’un pouvoir autocratique. Smockey et Samsk LeJah qui ont initié le Balai Citoyen, ont senti que les temps étaient murs pour une autre forme d’action que la musique, efficace dans la durée. A l’heure annoncée de la fin du mandat de Blaise Comparé «il fallait proposer aux jeunes, qui ne s’investissaient plus dans les partis politiques, une forme d’organisation qui ne soit pas escamotable». 



Ceux qui ont fait l’expérience de l’enseignement des jeunes pionniers de Thomas Sankara semblent avoir fait de son injonction «libérez votre génie créateur» le moteur de leur carrière. Ainsi depuis une quinzaine d’années, les initiatives culturelles foisonnent… Les artistes s’engagent. Certains se sont transformés en d’ambitieux entrepreneurs culturels dans un pays ou la politique culturelle est réduite.


Etiennne Minoungu, metteur en scène


Etienne Minoungou a initié les Récréâtrales, un festival atypique investissant l’espace public et l’espace privé des cours familiales, porté au cœur de l’insurrection d’octobre 2014. Il y redéfinit la façon de faire du théâtre en Afrique. En situant toutes les représentations dans les cours, la scène va à la rencontre de son public et trouve son sens. Minoungou estime aussi qu’il y a côté de son travail sur la scène, la possibilité de changer l’environnement social et politique dans lequel il travaille. C’est ainsi qu’il est un des initiateurs de la coalition des artistes et des intellectuels qui a pour ambition de peser sur les décisions, afin de prendre place dans le débat social croyant fermement qu’il faut partager les rêves portés sur scène… Depuis 2010, ils réfléchissent autour du poids de la culture et de la création dans le devenir de la société et veulent être entendus auprès des nouveaux dirigeants qui seront appelés à encadrer les métiers artistiques. On se souvient que les acteurs de la culture ont amené à la démission du ministre de la culture Adama Sagnon nommé dans le gouvernement de transition en novembre 2014, pour appeler à la nomination  de Jean Claude Dioma, respecté par le milieu. Leur prochain forum, prévu en septembre, s’intitule «gouverner pour et par la culture». Ils tentent de s’inventer un avenir qui imposerait l’intelligence collective à tous.


Serge Aimé Coulibaly, chorégraphe répète dans son centre Ankata


Serge Aimé Coulibaly a ouvert son centre Ankata à Bobo-Dioulasso, à la fois maison familiale jouxtant une plateforme de recherche chorégraphique proposée  aux jeunes de la localité, parce que l’espace de création influe sur la qualité des créations. C’est là qu’il a répété son spectacle Nuit Blanche à Ouagadougou avec pour public l’équipe locale du Balai Citoyen dans la fièvre du moment. C’est un endroit  paisible dans un nouveau quartier qui emprunte sur la campagne, qu’il a construit en économisant sur ses cachets. C’est ainsi qu’il applique son principe sankariste: tout faire soi même, chercher les solutions pour inventer ce qui n’existe pas encore. Son but est de rendre l‘activité artistique nécessaire dans la vie de ses concitoyens. Cela trouve son équivalent dans ses pièces inscrites dans le discours social ou politique.  Dans sa chorégraphie, il cherche un mouvement qui s’inspirerait de la gestuelle quotidienne…


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Sculpture de Sahab Koanda installée non loin du site du festival les Récréatrales

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Sahab Koanda, artiste plasticien dans son atelier


Sahab Koanda, a longtemps parcouru les latérites de son quartier excentré à la recherche de matériaux en se laissant guider par ses intuitions. Sculpteur autodidacte, il cultive son génie créateur en faisant de la récupération pour réaliser ses sculptures. Fouiller dans les poubelles fut un vrai combat social avant que son entourage ne reconnaisse l’utilité de cette démarche. Quinze ans plus tard, il travaille dans son atelier, le palais des Merveilles, avec deux apprentis. La récupération est actuellement un marché qui nourrit des familles au Burkina Faso. Il s’attache à garder les valeurs apprises traditionnellement et non par l’école pour garder intacte une philosophie africaine en faisant sien le concept vivre libre et digne.  Son engagement s’inscrit dans sa pratique artistique et sociale.



Aves amis Samsk Lejah achete des plants pour son site de reboisement

Samsk Lejah, co-initiateur du mouvement Balai Citoyen replante sur son site de reboisement situé à Bori.

Samsk Lejah, co-initiateur du mouvement Balai Citoyen replante sur son site de reboisement situé à Bor


Samsk Lejah, musicien reggae, fait figure d’îdole pour les jeunes africains avec ses textes engagés (Ce président là 2011). Et il s’attache à mettre en oeuvre les préceptes sankaristes qui lui sont chers, tel le reboisement… Fils de paysan il a gardé l’amour de la terre et a retenu de ses classes que ses ressources constituaient un patrimoine national à entretenir. A peine revenu des Etats-Unis, il se dirige vers son camp de reboisement de Bori, accompagné par une trentaine d’amis volontaires pour l’aider à reboiser une parcelle de 3 hectares située non loin d'un Parc naturel. Ils se sont munis de matériel pour clôturer le périmètre car, depuis quatre ans qu’il mène cette expérience, les résultats sont mitigés. Les conditions climatiques sont difficiles et les animaux de pâturage s’attaquent aux jeunes pousses. Mais il tient à poursuivre l’expérience car elle pointe un problème économique et environnemental vital dans cette zone sahélienne qui subit un déboisement intensif. Il ne se satisfait d’un parcours uniquement artistique, mais a besoin d’actions sur le terrain social.



Ces artistes ont pu se créer un espace de liberté et le partager. Ils veulent à présent perser pour que la société fonctionne sur un modèle de gestion ouverte et ne repose plus uniquement sur des hommes politiques qui oublient leur contrat social une fois arrivés au pouvoir